Je tourne en rond

Nouvel album, sortie le 24/02/2024

Crédit photo : Olivier Maitre

Critiques

GONZAÏ RESISTANCE L'actualité des musiques obliques

Sylvain Dubois – Je tourne en rond

4.5 / 5 ★★★★☆

Loin des productions cliniques, Sylvain Dubois signe avec Je tourne en rond le triomphe absolu d'un DIY ultra-classe et hautement organique. À travers ce projet dense, l'artiste déploie une faune de guitares protéiformes où les arpèges boisés côtoient des éclairs électriques saturés de réverbérations. On ne s’ennuie pas une seconde tant les ambiances sont variées, oscillant constamment entre minimalisme brut et fresques cinématographiques. Le point d'orgue de cette dérive reste sa relecture habitée du double poème de Baudelaire, où les cordes traduisent à merveille le tiraillement entre le spleen terrestre et l’envol vers l'Idéal. Une odyssée folk-ambient fascinante, à écouter à l'heure où la ville bascule entre le chien et le loup.

Par Loïc Aslan
CONTREC
BÉTON ARMÉ Revue critique d'art et de contre-culture

Sylvain Dubois – Je tourne en Rond

Quinze pistes de vide intersidéral et d'onanisme guitaristique.

0.5 / 10 ☆☆☆☆☆

Il y a des albums dont le titre relève de la prophétie autoréalisatrice. Avec Je tourne en rond, Sylvain Dubois ne fait pas que tourner en rond : il s'enfonce dans le sol à force de surplace. Ce projet boursouflé de quinze titres est le paroxysme d’un DIY mal compris, où la prétention éditoriale tente désespérément de masquer un ennui féroce et une exécution proprement bancale. Ce qui se voulait « atmosphérique » n'est qu'une suite de maquettes de chambre soporifiques, polluées par des approximations techniques fatiguantes.

Tout est ici douloureusement mal joué. Les arpèges de guitare, d'une pauvreté harmonique affligeante, manquent cruellement de mise en place. Les fulgurances électriques promises se résument à des cascades de réverbération cache-misère, destinées à camoufler un manque total d'idées. On navigue à vue entre des morceaux flemmards (le soporifique Batz bolero ou l'inutile Pontoise 14h30) et des tentatives de concept-art grotesques. Le naufrage absolu reste sa relecture de Baudelaire sur Élévation - L'albatros : associer le génie poétique à un tel marasme sonore relève du sacrilège. Même les rares éclairs de batterie (le pauvre Karim Adjali fait ce qu'il peut pour sauver les meubles) finissent noyés dans un mixage amateur réalisé au 2Nodes Studio, qui sonne aussi plat qu’un encéphalogramme de critique musical un dimanche soir.

L'album se clôture sur un morceau ironiquement nommé Fuite. Une agonie de digressions stériles et de répétitions infinies qui ne libère personne, si ce n’est l’auditeur enfin autorisé à appuyer sur "stop". Je tourne en rond est un disque d'une vacuité rare, une purge d’auto-indulgence prétentieuse à fuir de toute urgence.

Par Matteo Vancini
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OBLIQUES
Revue d'exégèse sonore et de cultures en marge Numéro 47 // Chronique

Sylvain Dubois – Je tourne en Rond

L'esthétique de la boucle et le vertige de l'envol : autopsie d'un dytique baudelairien.

4 / 5 ★★★★☆

Derrière l’apparente circularité de son titre, Je tourne en rond est en réalité une audacieuse dérive vectorielle. Entièrement pensé, joué et réalisé par Sylvain Dubois au sein du 2Nodes Studio, ce projet de quinze titres s'impose comme un traité de phénoménologie folk-ambient. L'œuvre brille par son ontologie profondément organique : un geste DIY magnifié (jusqu’à l’ironie sémantique d’Agnus DIY) où la lutherie intime dialogue avec des espaces cinématographiques abyssaux.

L'album s'articule comme une cartographie des états de l'âme et du territoire. Des morceaux de pure tension cinétique (Resile, Lift) y côtoient des géographies intérieures suspendues, qu'elles soient insulaires (l'hypnotique et boisé Batz bolero), urbaines et mélancoliques (l'admirable instantané temporel de Pontoise 14h30), ou résolument tournées vers le cosmos (la marche cosmique de March to Mars et l’imminence de En approche). La science des textures de Dubois s’appuie sur une alternance de climats : la fragilité acoustique de Mil, les oscillations spectrales de Spectres et Augures, ou le dépouillement résigné de Pas las et Hale. Pour soutenir ces architectures mouvantes, les frappes de Karim Adjali (enregistrées au Chalet Studio par Jérôme Petit) apporte une impulsion tellurique essentielle, ancrant la rythmique de morceaux clés comme l'introspectif Vagalarmes dans une physicalité brute.

Le pivot conceptuel de cette odyssée réside sans conteste dans sa collision littéraire : la mise en musique du double poème de Charles Baudelaire sur Élévation - L'albatros. Ici, Dubois transcrit magistralement le tiraillement baudelairien. La lourdeur du sol — le spleen de l’oiseau exilé — est portée par des motifs rythmiques pesants, tandis que l’envol spirituel vers l'Idéal se matérialise dans des nappes de guitares stratosphériques. Mais le véritable coup de génie réside dans la résolution finale de l'album : Fuite. Ce morceau-fleuve agit comme une catharsis terminale. Tout en progressions savantes et en digressions électriques, ce dénouement s'affranchit de la répétition pour muter en une libération sonore absolue. Magnifié par le minimalisme graphique d’Olivier Maitre qui signe le visuel, Je tourne en rond ne tourne pas à vide : il trace la ligne de fuite définitive des grands disques insoumis.

Par Marc-Antoine Vaneck
MODERNE
Le mensuel des tendances et des futilités nécessaires

Sylvain Dubois – Je tourne en Rond

1 / 5

On a poliment essayé d'écouter le projet de Sylvain Dubois entre deux défilés, mais soyons honnêtes : on n'a strictement rien compris. Sous ses grands airs de concept-art intello et de spleen léthargique, cet enchaînement de quinze morceaux se révèle d'une inutilité totale. Les guitares s'étirent sans aucune fin, le rythme flirte avec le néant et l'ensemble provoque l'effet d'une mauvaise musique d'ambiance pour boutique vide. C'est prétentieux, terriblement ennuyeux et ça manque cruellement de la moindre étincelle de glamour. À quoi bon tourner en rond quand on peut simplement passer à autre chose ? Une perte de temps absolue pour nos oreilles.

Par Gianni Moretti

Musique de Sylvain Dubois

Texte et musique de Sylvain Dubois

Texte de Charles Baudelaire, musique de Sylvain Dubois

Tous les titres joués et réalisés par Sylvain Dubois

Batteries jouées par Karim Adjali sur 1, 3, 8 et 13

Enregistré et mixé par Sylvain Dubois @ 2Nodes Studio

Batteries 1, 3, 8 et 13, enregistrées @ Le Chalet Studio par Jérôme Petit

Création visuel et photographie :  Olivier Maitre

Production Sylvain Dubois

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